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la carte des vieux millesimes


Ce sont surtout des Vitatge Vielh en sec ou des Sélections qui ont été gardés les années qui avaient les plus grands potentiels de garde : les millésimes chauds bien sûr (la vigne aime le soleil !), mais aussi des millésimes de maturité moindre et de maturité plus lente avec des structures acides importantes : ce sont pour nous les plus grands vins.
            Vieux Millesimes

La Cuvée Prestige a existé en 1991 (année de naissance de Pauline LARRIEU). 1993 et 1995 (naissance de Claire LARRIEU), c´est une sur-sélection de Petit Manseng ramassée sur pied ; cette cuvée précède le Vent Balagùer.



Selection Prestige


Selection Jurançon Secs

 

Selection  Jurançon Moelleux

Vent Balaguer

La Cuvée Vent Balaguèr est la dernière-née : elle existe sur les millésimes 1998, 2000 et 2001.


Dégustation verticale
Notre dégustation s’est concentrée sur le Jurançon sec « Vitatge Vielh » et sur les Jurançons (moelleux) « Sélection » et « la Magendìa », « Prestige », « Vent Balaguer ». Les vins secs et moelleux « Tradition » du Clos Lapeyre, plus simples, mais loin d’être inintéressants notamment an moelleux (assemblage de gros et de petit mansengs passerillés), ne figurent pas dans cette dégustation.



Jurançon sec – Cuvée Vitatge Vielh

Le blanc sec le plus élaboré du Clos Lapeyre, issu d’une « Vieille Vigne » de 1.5 ha plantée dans les années 40 (50% de gros manseng, 40% de petit manseng et 10% de très vieux courbu). Le courbu, selon Jean-Bernard Larrieu, peut produire un très beau jus, hélas seulement une année sur cinq : il faudrait pouvoir le vendanger au moment opportun – soit une semaine avant les mansengs – et le vinifier différemment. Et disposer de bons clones…
La vinification. Le pressurage lent, léger débourbage, fermentation en barriques de 2 à 4 vins. Elevage d’un an en fût, sur lies bâtonnées régulièrement, avant la mise en bouteilles au printemps suivant. Jean-Bernard Larrieu justifie le bâtonnage systématique et les essais de micro-oxygénation : « le grand-père parlait de la mair que Neuresh (la mère qui nourrit) et attendait le réchauffement de la température pour les premiers soutirages. Si l’on veut éviter la réduction, il ne faut pas priver le vin d’oxygène. Or en cuve inox, le milieu est totalement réducteur. La micro-oxygénation permet de « nourrir » les lies en oxygène sans avoir à soutirer. Les lies fines sélectionnées apportent du gras et du fruit et jouent un rôle de liant permettant la construction du vin autour de l’acidité ». A Jurançon, Jean-Bernard Larrieu reste aujourd’hui le seul fervent défenseur de la fermentation malolactique. Il la pratique, selon les millésimes, sur une partie de la cuvée pour maintenir la typicité du manseng : « Une « malo » sur manseng, c’est très différent du profil aromatique du manseng « classique », voire « typique ».
Après la fermentation alcoolique, cela reste pour moi le schéma normal et naturel du vin blanc. La « malo » est aussi un outil de désacidification sur une part du volume assemblé, notamment en année de forte acidité. Cela améliore l’équilibre d’ensemble du vin. Ainsi, sur 2001, où il y avait trois lots destinés à être assemblés avec le gros manseng et le courbu, seul un lot a opéré une fermentation malolactique. » Jusqu’en 2000, l’élevage en barrique durait un an et le vin assemblé était mis en bouteille avant la récolte suivante. Depuis 2001, après assemblage, le vin reste 6 mois en cuve pendant l’hiver et n’est mis en bouteille qu’au printemps. L’assemblage. Une notion fondamentale : « Je goutte souvent des échantillons qui correspondent au 1/3 de petit manseng vinifié en barrique participant au Vitatge Vielh. L’acidité avec la trame tannique exacerbée par la barrique jeune n’est pas d’un abord facile.
Le fait de « diluer » cette matière abrupte avec du gros manseng facilite l’élevage et rend le vin plus accessible et plus expressif les premières années. Maintenant, des cuvées de purs petits mansengs existent. Mais à La Chapelle de Rousse, et d’avantage encore sur le sud de l’appellation entre nos vins et ceux de Monein, c’est toujours l’acidité. Et chez nous, les années de maturité difficile, l’acidité il faut se l’enquiller ! ».

Vitatge Vielh 2001 – 15/20

Robe jaune clair à or.
Nez dense, complexe, d’abord sur l’eau-de-vie de mirabelle puis sur les agrumes très mûrs, confits, et la nougatine. Des notes florales apparaissent à l’aération (fleur d'oranger, acacia). L’attaque est vive, la bouche se révèle grasse mais nerveuse avec une trame serrée. L’ensemble est minéral, tendu par une acidité sensible et équilibrée.
Belle rétro-olfaction sur la pierre à fusil. Finale sur une note de pain d’épice, avec une acidité encore pointue. Il faudra du temps pour que le vin exprime son très grand potentiel.

Vitatge Vielh 2000 – 13.50/20

Robe jaune clair.
Beau nez riche et généreux, évoquant une promesse de moelleux. Le bois est perceptible mais non dominant. Quelques notes d’amande grillée et de poivre gris, fruit encore discret à ce stade (mirabelle). Evolution sur les fleurs blanches à l’aération. Pointe de gaz en attaque, bouche puissante, ferme et tendue, avec une acidité bien présente : impression presque tannique, sur la matière (peau, pépins).
Belles notes de végétal (herbe et amande fraîches). Finale un peu abrupte et sévère, resserrée à ce stade pour les uns, fraîche et saline pour d’autres.

Vitatge Vielh 1999 – 14/20

Le vin, « coup de cœur » dans le Rouge et le Blanc n°66 en 2002, se présente aujourd’hui avec une robe jaune soutenu.
Nez assez retenu, presque réduit, nuances d’agrumes confits (orange) et d’abricot, avec en retrait une légère pointe de sous-bois. Aération nécessaire, qui développe des notes d’hydrocarbures évoluant vers la truffe blanche. L’attaque est ronde avec une pointe de gaz.
Plus fine que sur le 2000, la bouche se montre assez fraîche et minérale, avec un fruit bien présent et un côté épicé (curry, poivre). L’acidité est plutôt excitante et sapide. Pour une minorité de dégustateurs, la finale est légèrement asséchante et un soupçon généreuse. Dans l’ensemble, le vin se présente plus dynamique et plus structuré que le 2000.

Vitatge Vielh 1998 – 14/20

Robe jaune citron.
Premier nez légèrement réduit, arômes lactés, poudre de riz, notes de melon. L’évolution se fait sur la noix de coco et un beau fruit mûr « exotique », sans tape-à-l’œil, puis sur des notes végétales (ail doux, amande fraîche) et florales. Souple en première impression, la bouche est ronde, gourmande, crémeuse, suave, tout en restant nerveuse.
L’acidité très présente masque le caractère minéral du vin et soutient de jolis arômes d’orange amère. Rétro-olfaction sur les fruits exotiques et les champignons blancs.
Finale saline dotée d’une belle amertume. Encore dominé par l’élevage, voire un boisé trop appuyé, le vin et loin de sa pleine expression. Une certaine austérité typique du terroir permet d’envisager une longue garde.

Vitatge Vielh 1997 – 11/20

Robe jaune doré clair.
Nez plutôt confit (abricot, agrumes), notes de sous-bois (humus), mais manque de franchise, une certaine lourdeur (touche cellulose). Attaque amère, marquée par la présence du gaz. La bouche apparaît raide, corsetée, peu expressive, avec un SO2 sensible. On note une légère déviation aromatique sur le fruit blet. La bouche est dominée par une acidité excessive.
Ici, la matière ne réussit pas à compenser le déséquilibre d’ensemble et un certain manque de fraîcheur. La finale se montre amère, sur l’amande et le pamplemousse.

Vitatge Vielh 1996 – 15.5/20

Robe dorée soutenue, reflets ambrés.
Nez très mûr évoquant un vin moelleux, miellé, avec des touches d’agrumes confits (oranges amères, ananas) et de bananes séchée, pointe de sous-bois, de mousse et de champignons, notes d’épicées (poivre, muscade, curry). La bouche est vive et élancée, pointue, tenue par une acidité nerveuse et minérale. Le vin est gras et quasi suave, sans avoir une très grande ampleur ni un très grand volume.
On aime ici la pureté de la matière, le très bon équilibre alcool/acidité, la finale iodée et saline, les contours précis dessinés au burin.

Vitatge Vielh 1995 – 13/20

Robe dorée brillante.
Nez retenu (bloqué ?), avec une sensation d’acidité. Discrètes notes d’agrumes (mandarine, orange, pamplemousse). A l’aération, notes minérales et animales. Une partie du comité déplore une bouche tendue et sèche, une acidité tranchante et une pointe d’amertume qui encombre la finale.
Mais d’autres apprécient, si ce n’est une certaine élégance, une construction autour de l’acidité, une belle rétro-olfaction sur l’orange amère, la finale légèrement grillée sur des notes de pamplemousse et d’amande amère.

Vitatge Vielh 1993 – 14/20

Belle couleur jaune doré.
Nez très expressif : miel et cire d’abeille, brioché, presque beurré, ananas confit, puis hydrocarbures et fruits secs. On pourrait croire à un moelleux. Légère amorce d’oxydation. Bouche bien dessinée, nerveuse, avec un joli végétal, fruit encore en retrait, note épicée/poivrée. Très belle matière avec toujours cette austérité et cette présence minérale (silex) archétypique du terroir de La Chapelle de Rousse. La bouche est très équilibrée, sapide, fraîche et dense. Finale très aromatique.
Un vin puissant et voluptueux où pointe encore une certaine acidité, et qui paraît encore très jeune, ce qui laisse supposer un potentiel de garde. Attendre, attendre…

Vitatge Vielh 1990 – 14/20

Robe dorée brillante paraissant encore très jeune.
D’abord très réservé, le nez révèle après aération des notes de fruits mûrs (fruits blanc à noyau, abricot). Harmonieux sans être explosif, trace de bois manquant de franchise. La bouche, fine, nerveuse et délicate, peut sembler souple de prime d’abord. En fait, le vin est droit, tendu, presque strict.
Caractère minéral et salin, soutenu par une acidité de beau style, finale sur le pamplemousse amer et l’amande fraîche. Au total le vin se caractérise par une austérité plutôt stylée, sans doute pas facile à faire admettre : la signature du terroir de La Chapelle de Rousse, qui ne s’exprime qu’au vieillissement.


Jurançon – Cuvée La Magendìa & cuvée « Sélection »

La Magendìa est une cuvée 100% petit manseng 100% en barriques (20% de fûts neufs, 80% de fûts d’un an). Depuis 2001, La Magendìa est la nouvelle dénomination de la cuvée « Sélection ».
Les raisins sont cueillis en 2, 3 et 4 tries, les dernières ayant parfois lieu en décembre. Les grains dorés et roussis sont alors partiellement flétris, ils ont perdu une partie de leur eau et tous les constituants de la baie se concentrent, notamment les sucres et l’acidité. Le jus est plus difficile à extraire, et le pressurage en grains ronds se fait alors en cycle long.
Les fermentations en partie en fûts neufs peuvent durer de 2 à 3 mois, l’élevage de 12 à 18 mois. A titre indicatif, en 2001, La Magendìa avait 6,2 d’acidité totale et 88g de sucre résiduel.

La Magendìa 2001 – 16/20

Robe or pâle.
Nez plein dominé par un fruit très mûr évoquant la mirabelle, le melon, l’abricot, les fruits exotiques et aussi le nougat. L’ensemble reste frais, d’une grande élégance, avec un beau registre floral (chèvrefeuille) qui se révèle à l’aération.
Caractère minéral déjà marqué en présence de notes de truffe blanche qui signent ici la nature même du terroir. En bouche, l’attaque est puissante, le vin est doté d’une très belle matière avec beaucoup de gras et de tension.
Le tout est très équilibré, frais et suave, avec un côté sapide. Rétro olfaction très minérale avec une belle touche de truffe blanche. On retrouve la distinction d’un fruit sain et mûr où domine l’abricot, le lychee mais aussi le pain d’épice. Finale sur les agrumes et les fruits confits (cédrat, zeste d’orange, ananas, abricot…) dotée d’une belle amertume. Assurément une très belle bouteille à attendre patiemment.

Sélection 2000 – 15/20

Robe jaune soutenu.
Nez plus discret et retenu que sur le 2001, mais fin, complexe et compact. On perçoit la mirabelle, le melon et l’ananas, mais également des notes de muscade et de cumin. Si le vin n’a pas la concentration, la richesse et le gras de 2001, la matière se révèle dense, serrée et condensée.
L’ensemble est d’une belle structure, plutôt nerveux et énergique, avec une acidité fondue dans la puissance, parfait support pour des arômes de figue, de datte, de pain d’épice et de zeste d’orange. Finale sur la poire cuite et le miel.

Sélection 1999 – 19/20

Ce vin a été dégusté en « coup de cœur » du Rouge & le blanc n°66 (2002) : belle robe jaune paille, nez très aromatique à la fois fin et profond exprimant des notes d’agrumes (orange), d’abricot, de fruits exotiques, de miel et de cire. Bouche fraîche, grasse et volumineuse, avec beaucoup de rondeur.
Elle confirme l’impression olfactive sur l’orange confite (orangette), l’abricot sec, les fruits exotiques très mûrs et le miel. L’équilibre est remarquable entre l’acidité, le sucre et l’alcool. La matière est riche, la persistance en bouche très longue. Déjà gourmand, ce vin est promis à une belle évolution.

Sélection 1998 – 13.5/20

Robe or.
Nez harmonieux, frais, légèrement confit, sur les fruits exotiques, la poire mûre, la nougatine et l’hydromel. Attaque ferme allant crescendo. La bouche apparaît riche, tendue, acide, sapide, presque tannique tout en restant fine et fraîche avec une jolie pointe d’amertume. On note ici une réelle fermeté minérale dans un style élégant, moins liquoreux en raison d’une sucrosité en retrait.
L’acidité porte de jolis arômes d’orange sanguine, de prune rouge, de noix, de nougat et de caramel au lait. Finale longue, évoluant sur une note poivrée, de généreuse à chaude pour trois dégustateurs.

Sélection 1997 – 10/20

Robe jaune clair.
Nez réduit manquant de franchise et d’expression (bois+ SO2 de barrique sulfitée ?). A l’aération, des notes d’agrumes se devinent, ainsi que la pomme cuite et la poire avec un côté musqué. La bouche est marquée ici par un élevage peu net et manquant de subtilité. La finale est déséquilibrée avec une pointe brûlante. Au total, le vin manque d’élégance.

Sélection 1996 – 14,5/20

Robe de belle couleur or-vieil or.
Nez très expressif, complexe, de fruits sur mûrs, légèrement animal avec un côté giboyeux. A l’aération apparaît un franc registre de sous-bois : nuances d’humus et de champignons (truffe blanche sporée de marasme des oréades…). Début d’évolution. La bouche est proche du nez, avec une belle richesse et une acidité en filigrane. Le vin se caractérise par une minéralité plus expressive, une vraie tension et une belle intégration du sucre qui lui confère une précision d’horloger.
On apprécie le registre pétrolé, l’eucalyptus, les champignons fins, le côté pain d’épice et caramel au lait, la finale longue sur les agrumes où domine l’amertume du zeste de pamplemousse. Au total, un beau vin harmonieux, long et goûteux, bien typé jurançon, délicieux actuellement.

Sélection 1995 – 13/20

Robe jaune doré.
Nez encore « instable » (volatile), avec peut-être un boisé plus affirmé. A ce stade, domination des notes grillées, de crème brûlée, de vanille et d’épices très douces.
A l’aération s’expriment une franche minéralité, un registre fumé et des nuances de cigare. Là encore, on retrouve un côté « brut », légèrement animal. Le vin divise le comité. Pour une majorité de dégustateurs, l’attaque est vive, la bouche apparaît conforme à l’impression olfactive, nerveuse, pas encore nuancée, un peu « brut de décoffrage ». La matière manque de franchise et de netteté (sensation iodée). Boisé sensible en finale et impression de dureté, (acidité et amertume). Le vin paraît dans un « entre deux », avec une matière certes dense, mais dans un ensemble qui manque d’élégance.
A contrario, pour les partisans de ce millésime, si la bouche est à ce jour d’un abord difficile, le vin est élancé, avec du gras et une puissance continue mais contenue que lui confère une matière riche. Le vin est pur, doté d’une acidité franche et typique, dans n registre aromatique marqué par les agrumes (orange), la noisette et le grillé (praliné). Au total, le vin est au croisement de la puissance et de la finesse mais reste une parfaite expression du terroir.

Sélection 1994 – 10/20

Robe jaune doré clair.
Nez peu net, manquant de franchise et de finesse, avec semble t-il une touche cellulosique. Discrètes notes d’agrumes (citron, citronnelle) et de bonbon au miel. La bouche présente de prime abord un joli moelleux et une acidité de bon aloi, avec des notes de rancio, mais la matière apparaît assez maigre, sans grande élégance et le vin corseté par le soufre. Finale sèche.

Sélection 1993 – 13,5/20

Robe jaune doré soutenu.
Nez vif, en tout début d’évolution. Jolies senteurs de melon et d’agrumes mûrs (orange, pamplemousse) avec un beau floral (pointe de fleur d’oranger). A l’aération apparaissent des notes lactées et de nougat, puis un aspect plus minéral (pétrole, craie) et des nuances de sous-bois. La bouche est nerveuse, harmonieuse, bien équilibrée par une acidité en filigrane et une sucrosité en retrait laissant supposer un demi-sec. Beau registre aromatique sur la fleur d’oranger, la châtaigne et une pointe épicée-poivrée (muscade, poivre blanc).
On apprécie ici le boisé discret en arrière-fond et la finale fraîche et tendue, franchement minérale. Le vin évoque le 1996, la richesse et la concentration en moins, et présente l’avantage d’être bien bâti autour de son acidité. L’ensemble est réussi au regard du millésime.

Sélection 1992 – 11/20

Robe dorée soutenue à reflets ambrés.
Nez de fruits exotiques confits, de mandarine, avec une certaine fraîcheur. Touche de truffe blanche. La bouche est souple, avec une certaine maigreur de matière. Le vin manque d’équilibre par le déficit de complémentarité sucre-acidité.
L’ensemble apparaît raide, avec un côté végétal-amer agressif dès l’attaque en bouche.

Sélection 1990 – 14,5/20

Robe orangée.
Nez légèrement oxydatif, confit-rôti (pomme au four, caramel, noix,…) avec un côté rancio. A l’attaque, agréable sensation tactile sur le gras. La bouche est ferme, serrée, presque tannique, dotée d’une matière dense.
Le vin est très concentré, généreux, avec un équilibre juste quoique sur le fil du rasoir. La palette aromatique évoque ici le vieil alcool, l’écorce d’orange, l’abricot, la pomme au caramel et la confiture de rose. Finale légèrement amère sur la noix verte.
Un vin à caractère solaire, encore monolithique pour certains en raison de sa richesse, à attendre pour que la minéralité et l’acidité s’expriment enfin au-delà de la sucrosité et de l’alcool.

Sélection 1989 – 14/20

Robe ambre orangé.
Joli nez de fruit mûr mais frais, avec quelques notes d’écorces et de lichen. Expression assez rentrée laissant entrevoir des notes de fruits exotiques, d’orange, de nougat avec un côté torréfié. L’acidité s’avère marquée dès l’attaque.
La bouche est grasse, serrée, dense, avec une matière et une concentration imposantes. La bouche est équilibrée, avec une acidité et un alcool bien intégrés face à la véritable puissance du vin. La sensation tactile liquoreuse est agréable et les arômes évoquent le caramel, la noisette, le raisin et les fruits secs avec une rétor-olfaction sur l’orange confite.
Finale légèrement corsetée, solaire et dotée d’une belle amertume. A ce stade, le vin apparaît encore introverti, là aussi avec un côté monolithique et une richesse de matière qui pourraient à la longue fatiguer les palais délicats. La majorité du comité prédit pourtant un bel avenir à cette « belle au bois dormant ». Patience.

Sélection 1988 – 15,5/20

Robe orangée.
Nez d’une grande typicité, très minéral, complexe, envoûtant et harmonieux, délivrant d’abord des arômes de pomme caramélisées, d’écorce d’orange, de prune à l’eau de vie, de menthol et d’eucalyptus, puis des notes de sous-bois, de champignons et de truffe blanche avec en arrière-fond une élégante pointe de moka.
Après une attaque sur l’orange amère, la bouche se montre profondément minérale, tendue, rectiligne, sapide, servie par une acidité subtile, tonique, pointue, parfaitement intégrée et qui dynamise le vin.
L’ensemble est très équilibré, le vin est élancé avec une réelle tension dans la trame et un côté épuré que certains qualifient d’austère mais qui signe le caractère du terroir de la Chapelle de Rousse. Un vin d’une grande fraîcheur acidulée, aux arômes concentrés d’orange sanguine, de citron et de cédrat, à peine en début d’évolution, au dessin ferme et incisif. Un Jurançon d’esthète évoquant le style 1993 et 1996.

Sélection 1997 – 11/20

Robe jaune doré.
Nez avec une touche de champignons secs, une pointe de truffe, et des notes de fruits exotiques sur mûrs, presque blets à certains égards. La bouche manque de fraîcheur et se montre crispée : manque d’élégance et de « naturel ». On regrette dans ce vin un manque de liberté.


Cuvée « Prestige »

C’est une sélection très poussée de raisins passerillés laissés sur pied : « 1991, c’est l’année de naissance de ma fille aînée, on avait envie de pousser les tries encore plus loin que la cuvée Sélection. En décembre, ma femme était à la maternité, et mois je n’avais pas finie les vendanges… J’ai évité tout juste la crise familiale en plein bonheur ! J’ai refait la cuvée Prestige en 1993 parce que le millésime s’y prêtait et en 1995. En 1993 et en 1995, année de naissance de ma seconde fille, Prestige avait pour objectif d’aller plus loin dans la concentration que la cuvée Sélection, avec des tries très sélectives de morceaux de grappes sur pied.
Ce sont donc là des tries des meilleurs raisins passerillés, le reliquat étant destiné à la cuvée Sélection. Par la suite, j’ai eu le sentiment de dépouiller la cuvée Sélection pour habiller la cuvée Prestige, que j’ai fini par arrêter. »

Prestige 1993 – 15/20

Robe jaune doré soutenu tirant sur l’orange.
Beau nez minéral, complexe, ouvert, nuancé de poudre de riz et délicatement floral. Touches discrètes de fruits exotiques mûrs frais (ananas), de confiture de prune, pointe de camphre et d’arnica. Après aération, le registre apparaît d’avantage boisé-torréfié (vanille, moka). L’attaque est douce, la bouche est riche et grasse avec un boisé sensible non dominant.
Le vin est d’un grand équilibre délivrant une agréable sensation de fraîcheur et une élégante sucrosité. Magnifique acidité, parfait support d’arômes proches de l’impression olfactive (eucalyptus et camphre). Jolies notre de fleurs d’oranger, de mandarine, de caramel au beurre salé, et rétro-olfaction sur la pomme cuite et la poire rôtie. Finale longue et puissante sur les agrumes, délicatement saline et épicée (poivre, muscade).

Prestige 1991 – 16,5/20

Robe jaune doré à reflets vieil or.
Nez expressifs sur le caramel, le vieux cognac, mais également une belle fraîcheur de fruits mûrs exotiques (mangue), d’agrumes (kumquat) et de poire. A l’aération, élégantes notes minérales, de champignons et de truffe blanche sur un arrière fond épicé (muscade, poivre blanc).
La bouche est d’un grand équilibre, plus peut-être encore qu’en 1993, mais sans doute avec moins de volume et de concentration. L’acidité fine et présente en filigrane enrobe une matière très mûre sans être d’une richesse excessive. Elégante minéralité, finesse du fruit : on dirait un grand demi sec tant les sucres se font discrets. Quelle fraîcheur, quelle distinction !


Cuvée « Vent Balaguèr »

Produite en très petite quantité – 2 à 5 barriques selon le millésime -, la cuvée Vent Balaguèr est « un petit coup de main à la nature ». C’est, tard dans l’arrière saison, une sélection sur grappe passerillée des raisins du lobe supérieur de la grappe, ramassés à très grande maturité, en sachant que le passerillage sur le pied ne pourra aller au-delà de 20° potentiels.
Pour intensifier le passerillage, le raisin est placé dans des cagettes qui sont sorties lorsqu’il fait beau, par temps chaud et sec, puis rentré le soir dans le chai (qui dispose d’un ventilateur et d’un radiateur). Ce passerillage assisté est atypique : « En matière de tradition locale, ce qui se faisait en Jurançon, c’était de couper le sarment, de récupérer les deux grappes et de les pendre sur un fil pour obtenir le passerillage. Cela se faisait avec le bouchy (cabernet franc), raisin rouge avec un petit grain qui passerille très bien.
Ce raisin était destiné à être mangé à la table de Noël. Quant à savoir si, en détachant la baie du cep, on perd une certaine dimension du terroir, nous savons d’expérience à Jurançon, qu’à un certain stade terminal du cycle végétatif et en toute fin de passerillage, la baie n’a plu d’échanges avec le reste de la plante ni avec le sol. »

Vent Balaguèr 2001 – 16,5/20

Robe ambrée claire.
Nez intense, profond, encore retenu, aux nuances multiples : bois neuf, melon, confiture d’abricot, écorce d’orange et agrumes confits, raisins de Corinthe, tabac blond et pain d’épice. Bouche vive, épicée, confite, florale, réglissée, d’une concentration superlative avec, pour la première fois, une perception sucrée dominante.
La sensation tactile est onctueuse, sirupeuse, quasi-huileuse, donnant le sentiment de croquer du raisin parfaitement mûr, avec des notes fraîches de citron et de cédrat. Le boisé grillé-vanillé est bien intégré dans cette volumineuse matière bien enrobée par une acidité noble. Finale longue et harmonieuse sur la mirabelle, la pêche et l’abricot.
Au total, un jurançon atypique dans la série des moelleux de la dégustation, mais équilibré, intense et rassasiant, avec une énorme puissance en réserve. Autre chose que du vin, selon un dégustateur !

Vent Balaguèr 2000 – 14,5/20

Robe orange soutenu.
Nez intense mais plus « sec » que 2001, boisé, avec un caractère empyreumatique. Pointe de moka avec du confit (citron vert) et de franches notes d’eucalyptus, de camphre et d’arnica. Bouche plus vive, plus « volatile », plus fraîche, avec un boisé intégré. La texture est délicate, grasse, sirupeuse. Elégants arômes de confiture d’abricot.
Finale liquoreuse sur les épices, où l’acidité trouve sa place. Dans son ensemble, la bouche s’avère moins marquée par l’acidité que le 2001, la matière est riche sans impressionner et d’une moindre tension. Sans posséder la typicité et la personnalité du millésime 2001, le vin se montre fidèle à son millésime.

Vent Balaguèr 1998 – 16/20

Robe ambrée.
Nez bien typé jurançon. Avec le temps, le terroir ressort. L’ensemble exprime ici une élégante minéralité (pétrole), avec des notes fumées et de caramel/ on apprécie aussi le côté fruits rôtis (ananas, raisins de Corinthe…) et un beau végétal (feuille d’oranger et de citronnier) sur un arrière-fond de champignons discrètement aillés. La bouche est très fraîche, dotée d’une belle nervosité minérale. Gras et riche, l’ensemble est concentré, avec une matière naturelle très proche du jus de raisin et tendue par une élégante acidité.
Le vin est d’un équilibre quasi-parfait entre puissance et finesse. On retrouve le raisin, l’abricot, et un registre aromatique dominé par les agrumes où la mandarine et le citron flirtent avec les fruits de la passion. Les Dégustateurs, un soupçon dubitatifs en présence des deux vins précédent qui rompent avec l’ensemble des moelleux dégustés, s’enthousiasment ici en savourant ce vin « Balaguèr » qui rétablit la typicité et le caractère du jurançon autant que la force du terroir. Belle démonstration ! Superbe vin !


Les millésimes sur le secteur de la Chapelle de Rousse.

2003   – millésime d’exception : 3 semaines d’avance, stress hydrique sur les parcelle les plus arides. Très mûrs, beaucoup de fruit, mais manque un peu de structure sur les cuvées exigeantes comme Vitatge Vielh et La Magendìa. A voir au vieillissement.

2002   – Eté maussade et bel automne. Millésime classique, sans fard, avec la vraie et pure acidité du Jurançon !

2001   – LE millésime ! Eté chaud (surtout août). Pluie pendant la première quinzaine de septembre et très bel automne. Passerillage progressif et régulier. De la structure, du gras et de la complexité.

2000  – Chaleur moyenne, pluviométrie bien étalée, octobre très chaud. Vins de bon équilibre, de chair moyenne, avec du fruit. Joli millésime.

1999   – Eté maussade mais octobre exceptionnel avec 4 semaines de vent du sud favorisant un passerillage salvateur. Fruit confit mais peu complexe. La tendance est à une riche liqueur perturbant l’équilibre. Vins à boire jeunes sur le fruit ou à oublier en cave.

1998  – Millésime classique. Pas de grande maturité mais de belles structures. Vins austères dans leur jeunesse, sur l’acidité. Evolution avec de la race, notes truffées : grande garde !

1997  – Année très ensoleillée. Fruit immédiat. Vins peu complexes, faiblement structurés, courts.

1996   – Beaucoup de vivacité, du fruit frais. Vins de belle acidité, austères dans leur prime jeunesse. Concentration moyenne mais de la race.

1995   – Année très chaude. Pluviométrie très bien étalée, pas de stress. Automne très chaud : beau passerillage sur des raisins bien mûrs. Millésime généreux.

1994   – Automne très chaud. Année moyenne, acidité faible. Manque de structure.

1993   – Des caractéristiques proches de 1996 et 1998, mais un ton en dessous… sauf pour la cuvée « Prestige ».

1992  – Eté moyen et automne catastrophique. Vendanges sous la pluie. Quelques secs intéressants, moelleux dilués. Le cauchemar !

1991 ;  – Année de gel, mais les vignes d’altitudes, comme au Clos Lapeyre, ont été épargnée. Beau petit millésime avec une acidité pointue. Peu de Chair. Millésime intéressant à la garde… Heureux les possesseurs de quelques flacons de « Prestige ».

1990  – Eté très chaud. Belles concentrations mais certainement mains qu’en 1995. Les vins ont tendance à être construits autour de la liqueur.

1989  – Très belle année climatique mais grêle sévère début mai (avant la fleur) : 12hl/ha au Clos Lapeyre. Vins très concentrés, qui s’ouvrent enfin !

1988  – Millésime proche de 1993, 1996 et 1998, mais certainement un ton au dessous. La cuvée « Sélection » se goûte très bien, dans un style reconnaissable.

1987  – Petit millésime proche de 1994 et 1997.

En conclusion, retenons surtout que les années les plus chaudes ne sont les meilleures.